9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 18:41
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(Cliquez sur les images pour les voir en grand format)

 

Avec Roman Polanski et Brian De Palma, il figure dans mon top 3 des réalisateurs préférés de tous les temps. De ce trio, il est le dernier que j'évoque publiquement (j'ai consacré un site web pour Polanski, puis pour De Palma qui bénéficie également d'un blog conçu récemment). Pourquoi? Certainement parce qu'il est le plus difficile à aborder. Michel Ciment a publié le meilleur livre consacré au cinéaste, mais la plupart des critiques qui ont essayé en vain d’étudier ses films ont découvert la limite de leur vocabulaire. Car comme le rappelle Ciment, Kubrick est un cinéaste des images. Avec seulement treize films (ou douze, puisqu’il rejette Fear And Desire), il a réussi à constituer une œuvre plus riche que celle de n'importe quel réalisateur. Plus qu’un simple innovateur technique, c’est un visionnaire et ses films contiennent des séquences d’une force incroyable (l’imposante salle de guerre du Docteur Folamour, le travelling arrière dans le magasin de disques d’Orange Mécanique, le silence impressionnant dans les séquences spatiales de 2001, l’Odyssée de l’Espace, les travellings dans le labyrinthe ou sur le petit garçon avec son tricycle dans les couloirs de l’hôtel Overlook de Shining, la première moitié de Full Metal Jacket, la salle de séjour où Alex et ses droogies violent la femme dans Orange Mécanique, etc.). Certaines personnes globalement insensibles à ses films, voire détractrices, trouvent en Kubrick un analyste froid, trop intellectuel, et un réalisateur prétentieux. Pourtant, si Kubrick refuse de tirer obstinément sur les ficelles émotionnelles, et si ses films ne fonctionnent pas sur le mode de la compassion ou de l’identification du spectateur avec le héros, son cinéma est irréfutablement gorgé d’émotion. À titre d’exemples, je citerai les soldats français émus par une chanson allemande dans Les Sentiers de la Gloire, ou James Mason abattu de tristesse et incapable de contrôler ses larmes à la fin de Lolita, ou la séduction de Lady Lyndon sur le balcon, la tragédie du jeune fils et le duel final de Barry Lyndon, ou la détresse puis la folie de l’engagé Baleine et la mise à mort de la femme-sniper dans Full Metal Jacket, ou encore les regards de Nicole Kidman, la scène où elle raconte son cauchemar et le désarroi de Tom Cruise dans Eyes Wide Shut. Etc. On compare souvent Kubrick à Orson Welles, notamment du point de vue esthétique et visionnaire, d’autant qu’ils ont tous deux réalisé leur premier film à vingt-cinq ans. Sauf qu'Orson Welles a démarré par le sommet de sa carrière, Citizen Kane, réalisé avec un énorme budget, là où Kubrick n'aura qu'un budget ridicule pour mettre en scène un film qu'il reniera par la suite. Par ailleurs, Welles poursuivra sa carrière à la merci de ses producteurs, alors que justement, la force de Kubrick c'est d'avoir été libre de ses projets, contrôlant chaque étape de leur création. Son apport au cinéma est inestimable. Lorsque cet artiste dont on raconte quà la ville c’était un homme ordinaire, vivant entouré de sa famille, dépourvu de vanité mais légendairement inaccessible, est mort un jour de mars 1999, j’ai eu du mal à y croire et éprouvé beaucoup de peine, à croire qu’il semblait immortel.


FEAR AND DESIRE (1953)

Qualifiant son premier essai dans le long-métrage de "cafouilleux" et d'"amateur", Kubrick le reniera et tentera d’en faire brûler toutes les copies. Il existe toujours, dans certains coffres-forts, mais n’est toujours pas accessible dans les salles ou en DVD. Toutefois, la critique de l’époque est très élogieuse, appréciant surtout la photographie (Kubrick a fait quasiment tous les boulots techniques sur le tournage) à défaut de saluer la mise en scène.

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LE BAISER DU TUEUR (1955)

Le Baiser du Tueur souffre d'une histoire et dacteurs faibles. Mais cest tout de même une véritable prouesse pour le cinéaste indépendant, avec ses mouvements de caméra sophistiqués, ses premiers déplacements de personnages dans les couloirs, ses scènes de boxe, et aussi la qualité de la photographie.

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L'ULTIME RAZZIA (1956)

Décrivant un casse de façon méthodique, méticuleuse, comme aux échecs (jeu que pratique abondamment Kubrick), L’Ultime Razzia est un film noir qui brille surtout par sa réalisation et par l’interprétation. Mal distribué, le film ne rapporte rien à son réalisateur, ni argent, ni reconnaissance auprès des studios, et à peine de bonnes critiques.

 

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LES SENTIERS DE LA GLOIRE (1958)

Par son sujet, l’histoire vraie de soldats français qui, considérés comme mutins, sont exécutés sur ordre de leurs généraux, le film scandalise les associations d’anciens combattants à sa sortie. Perçu comme une critique de l’armée française, Les Sentiers de la Gloire est interdit dans l'hexagone. Il ne sortira de nouveau en France que vingt ans plus tard, quand Kubrick sera alors considéré comme un grand cinéaste, et surtout quand la France aura digéré la Première Guerre Mondiales et ses fautes. Il s’agit d’un film extraordinaire ; de la qualité d’interprétation à la mise-en-scène (avec ces fabuleux travellings dans les tranchées), ou de l’histoire avec son regard acerbe sur les chefs militaires à la représentation des combats, tout dans ce film est formidable. Il s’agit selon moi du premier grand classique de Kubrick.


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SPARTACUS
(1960)

Kirk Douglas, insatisfait du travail d'Anthony Mann, renvoie le réalisateur. Comme sa collaboration avec le réalisateur des Sentiers de la Gloire fut excellente, il fait appel à Kubrick pour le remplacer. Celui-ci vient de se faire renvoyer par Marlon Brando du projet de La Vengeance aux Deux Visages, sur lequel il a travaillé pendant six mois avec la star. Il accepte de reprendre le flambeau sur Spartacus. Pour la seule et unique fois de sa carrière, Stanley Kubrick se soumet à un projet initial où il n’a pris aucunement part, tant sur le scénario que sur la distribution. C’est d’ailleurs le film que j’aime le moins de sa filmographie, gêné à la fois par l’absence des thèmes, des préoccupations et du style visuel propres au cinéaste, ainsi que par le manque de fidélité historique également peu commun à Kubrick (ce qui le dérangeait après coup, dénigrant le film et trouvant le scénario idiot et sans intérêt).


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LOLITA (1962)

Servi par une pléiade d’excellents comédiens, l’adaptation par Kubrick du sulfureux roman de Nabokov a donné ce film culte, dont on mesurera l’étendue du génie de son cinéaste en observant de loin le remake raté de Jonathan Demme (reconnaissons-lui ce mérite). On remarquera d’emblée Peter Sellers à qui Kubrick offre de grands moments d’improvisations, filmés avec trois caméras, dans la scène d’introduction. Il s’exclame même en se référant à Spartacus. Alors que Kubrick a beaucoup édulcoré l’histoire (et choisi une actrice un peu plus âgée que dans le roman), l’accueil est rendu désastreux par les Américains puritains. Le réalisateur déclarera même regretter d’avoir fait ce film. Toutefois, le film ayant été tourné avec un budget restreint, les profits dus à son succès ont été plus importants.


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DOCTEUR FOLAMOUR (1963)

Cette comédie satirique dénonce l’incompétence des politiciens, quelle que soit leur nationalité. Mais le film est surtout un pamphlet contre l’absurdité criminelle des projets militaires industriels de grande envergure. C’est aussi très riche en connotations sexuelles : le film s’ouvre sur des avions "s’accouplant" lors d’un ravitaillement en plein vol, George C. Scott couche avec sa secrétaire (qu’on peut deviner être aussi la maîtresse d’un autre militaire) et au téléphone avec elle, il fait allusion à un décompte comme ceux des tirs de missiles en parlant de la retrouver, le général Jack D. Ripper (allusion à Jack l’Éventreur) refuse de donner ses « fluides organiques » aux femmes, les deux mots formant le nom du président des États-Unis, Merkin Muffley, désignent en anglais des parties de l’organe génitale de la femme, le commandant Kong chevauche une bombe phallique dans une scène d’anthologie, l’érection des champignons atomiques, et bien d’autres. On se souviendra longtemps de l’interprétation démentielle de Peter Sellers qui joue trois rôles (quatre étaient prévus), dont le rôle du Dr. Folamour à l’accent allemand prononcé, et dont le bras fait le salut hitlérien contre sa volonté. Pour l’anecdote, on raconte qu’en 1980 Ronald Reagan, alors tout juste président, a demandé où se trouvait la salle de guerre ; on lui a répondu que c’était juste une invention de Stanley Kubrick.


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2001, L'ODYSSÉE DE L'ESPACE (1968)

Comme je le disais au début, un film de Kubrick, c’est souvent une expérience extra-sensorielle qui va au-delà des mots. C’est précisément à partir de 2001, l’Odyssée de l’Espace, film expérimental de grande ampleur, que l’affaire se corse pour le critique, et qu’il devient difficile de parler à la fois de ce qui nous a ému, emporté, ébahi, et donc de parler du génie de Kubrick. Si 2001 est ouvert à toute interprétation, le cinéaste a tout de même fait une série de recherches considérables sur toutes les théories plausibles concernant le futur. Chaque séquence est devenue anthologique (le générique sur les premières notes d’Ainsi Parlait Zarathoustra, l’Aube de l’Humanité, la valse des vaisseaux spatiaux sur le Beau Danube Bleu, l’apparition du monolithe noir, le jogging dans la centrifugeuse, HAL, les images psychédéliques illustrant l’ouverture d’un passage dans l’espace, etc.). Le grand défi de Kubrick, et il est entièrement parvenu à ses fins, a été de montrer ce qui n’avait été encore jamais vu à l’écran, sur tous les points de vue. Il a recherché à travers le Monde les meilleurs pour former son équipe consacrée aux effets spéciaux, engagé un grand romancier de science-fiction, Arthur C. Clarke, pour collaborer au scénario, et le résultat est tel qu’aujourd’hui 2001 est un film mythique toujours aussi puissant.


06odyssée0106odyssée0206odyssée03Avec Arthur C. Clarke et des membres de la NASA.

ORANGE MÉCANIQUE (1971)

Avec le succès des productions indépendantes, les grands studios s’arrachent les réalisateurs dans le vent. Certains de ces films sont violents et, malgré la classification X généralement réservée aux œuvres pornographiques, sont parfois récompensés par des prix honorifiques et des critiques élogieuses. Ce qui permet à Stanley Kubrick d’adapter Orange Mécanique. L’idée maîtresse du roman d’Anthony Burgess, écrit en 1962, est qu’entre l’âge de dix et vingt-trois ans, les jeunes sont dominés par leur désir de fornication, de vol, d’actes de violence ou de prendre des drogues. La scène du viol de la femme de l’écrivain sous ses yeux est une catharsis de l'auteur du livre, inspirée d’un fait tragique réellement survenu à sa première femme, agressée par des déserteurs américains pendant la Seconde Guerre Mondiale. À sa sortie, le film ne laisse personne indifférent et déclenche une énorme polémique. Plusieurs auteurs de crimes ultraviolents déclarent avoir commis leurs actes en s’inspirant du film. La presse s’en donne à cœur joie. Kubrick se défend (attribuer à un film de puissantes qualités suggestives va à l’encontre de toutes les théories scientifiques sur le sujet, selon lesquelles un individu, même sous hypnose, n’agit jamais contre sa nature – c’est le sujet même du film), mais il ne sera pas écouté. Recevant des lettres de menaces, il préfère interdire le film en Grande-Bretagne car il y réside avec sa famille, même sil remporte un franc succès (ce qui témoigne du contrôle total du réalisateur sur son œuvre). Orange Mécanique est une cinglante critique du totalitarisme, d’une société où les jeunes errent sans se chercher, et où les moyens mis en œuvre par l’état pour rendre les criminels inoffensifs, ne valent pas mieux que les actes de ces mêmes criminels, y compris s’il s’agit de la pire des ordures génialement interprétée par Malcom MacDowell. Sur le thème de la violence qui n'engendre que la violence, ce film totalement novateur (d’un point de vue du ton, de lesthétique et même musical) cherche surtout à montrer qu’une seule condition existe pour faire d'un homme ce qu’il est : sa liberté de choix.

 

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BARRY LYNDON (1975)

Il s’agit probablement du film de Stanley Kubrick le plus incompris et le moins estimé du public. Depuis le succès de 2001, l’Odyssée de l’Espace, le réalisateur cherche à monter un projet sur Napoléon incluant ses thèmes de prédilection, déjà formidablement bien abordés dans sa filmographie : les responsabilités du pouvoir et ses abus, la relation entre l’individu et l’état, la guerre, etc. Jack Nicholson est prévu pour le rôle. Mais en raison d’un changement de direction à la MGM, le film ne se fera jamais. Toutefois, il n’abandonne pas l’idée de filmer une fresque historique. Barry Lyndon est l’adaptation du roman picaresque de William Makepeace Thackeray, Les Mémoires de Barry Lyndon, publié en 1844 et qui retrace les tribulations d’un jeune Irlandais du XVIIIème Siècle. Tourné en décors et en lumière naturels, éclairé à la bougie pour les scènes d’intérieur (Kubrick a fait installer à sa caméra des objectifs Zeiss fournis par la NASA), le film est d’une splendeur esthétique à couper le souffle. Beaucoup de plans ressemblent à des tableaux et évoquent les grands Maîtres de l’époque (Watteau, Gainsborough ou Hogarth entre autres). La volonté de Stanley Kubrick est de faire un film quasiment documentaire. Dans sa légendaire quête de vraisemblance (un film se doit d’être le plus réaliste possible selon lui, puisque le principe d’un réalisateur est de faire croire aux histoires qu’il raconte), le cinéaste achète des vrais costumes du XVIIIème Siècle qu’il fait copier, et choisit l’Irlande, qui a conservé de nombreux bâtiments d’époque, comme le cadre naturel parfait. Salué par la critique pour sa grande beauté visuelle, il restera un échec commercial. Toutefois, s’il est vrai que Barry Lyndon est difficile d’accès (comme quasiment tous les films de Kubrick), il demeure un très beau film romanesque et émouvant.


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SHINING (1980)

Kubrick est particulièrement affecté par le manque de reconnaissance du public pour Barry Lyndon. Ayant besoin d’un succès commercial, il décide d’adapter un best-seller d’épouvante de Stephen King. Il refuse de lire le scénario qu’en a écrit le romancier, jugeant que le livre joue sur l’identification du lecteur avec les protagonistes, ce qui ne correspond pas avec son style distancé des personnages et de leurs émotions. Il ajoute énormément d’idées avec sa collaboratrice, la romancière Diane Johnson, comme celle du cimetière indien sur lequel est bâti l’hôtel, des deux jumelles, de la hache, de la mort du père dans la neige (il est enseveli par la destruction de l’hôtel dans le roman), et surtout l’idée cruciale du labyrinthe. Le dédale est effectivement présent un peu partout, c’est à la fois ce fabuleux décor végétal à l’extérieur, et les couloirs interminables et confus de l’hôtel, et aussi un motif dans les tapisseries, la moquette, les vêtements, etc. Les premières images, des vues panoramiques sur le Glacier National Park, avec une mélodie grinçante, tirée de la Symphonie Fantastique de Berlioz, recréée par Wendy Carlos (qui avait œuvré sur la bande originale d’Orange Mécanique), sont à la fois majestueuses et sinistres. D’emblée le film n’augure rien de bon. Même s’il s’agit d’un film d’horreur, Stanley Kubrick le perçoit comme un film optimiste, puisqu’après tout, il dit explicitement qu’il y a une vie après la mort… Les grandes scènes de marche puis de course dans le labyrinthe, ou celles du petit garçon circulant sur son tricycle dans les couloirs de l’hôtel Overlook, doivent beaucoup de leur intensité dramatique à la mobilité de la caméra. Shining est devenu un film de référence sur ce point de vue technique : inventée par l’opérateur du film, Garett Brown, la "steadycam", un procédé déjà utilisé sur Rocky (1976) et Marathon Man (1976), qui permet de porter la caméra et de filmer sans heurt dans le mouvement, a été améliorée ici au point de pouvoir raser les murs ou le sol. Si Stephen King déclare apprécier le film d’un point de vue de spectateur, il ajoute qu’il ne l’apprécie pas d’un point de vue de romancier, puisque son livre est bafoué. Il signera plus tard une adaptation télévisuelle fidèle au livre mais d’une médiocrité frappante. Le dernier plan du film de Stanley Kubrick, montrant une photo de 1921 avec Jack Nicholson au milieu, n’a pas d’explication. Kubrick ne l’a jamais commenté, laissant comme pour 2001, l’Odyssée de l’Espace le soin d’interprétation au spectateur.

 

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FULL METAL JACKET (1987)

En découvrant Le Merdier (The Short Timers), le roman de Gustav Hasford défini par Newsweek comme la meilleure œuvre de fiction sur la guerre du Vietnam, Stanley Kubrick est impressionné. Comme Orange Mécanique, le livre présente les choses avec un jargon bien à lui, militaire cette fois, et raconte l’histoire de manière abrupte, avec sincérité. L’expression Full Metal Jacket signifie un type de munition dans l’armée américaine, et est prononcée par l’engagé Baleine peu avant son suicide. Comme toujours, Kubrick offre une singulière photographie. Dans son désir de rendre les images réalistes, il éclaire le décor comme il le serait dans la réalité, refusant toute lumière d’appoint mais l’éclairant à travers des ouvertures. Une des plus belles scènes se trouve avant la deuxième partie. C’est celle du suicide de l’engagé Baleine, où la lumière bleutée venant de l’extérieur éclaire les murs des toilettes en diagonale. S’il dépeint un Vietnam réaliste pourtant reconstitué près de Londres (dans un kilomètre carré de ruines, où des immeubles au style du fonctionnalisme industriel des années trente renvoyaient aux bâtiments vietnamiens), Kubrick brosse surtout une peinture sans illusion de l’instinct d’agression qui anime les hommes. Joker, interprété par Matthew Modine, parfait, tente de rester sain d’esprit dans un environnement fou et incontrôlable.


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Pendant les douze ans qui séparent Full Metal Jacket d’Eyes Wide Shut, Kubrick réfléchit sur deux projets. Il y a d’abord le projet d’adaptation de Des Jouets pour l’Été, la nouvelle de Brian Aldiss qu’il abandonnera faute de moyens conséquents pour les effets spéciaux, mais dont le scénario, intitulé A.I. : Intelligence Artificielle, sera finalement réalisé par Steven Spielberg en 2001. Il y a ensuite le projet Aryan Papers, d’après le roman Une Éducation Polonaise de Louis Begley. L’histoire de juifs qui tentent de survivre dans une Pologne dominée par les nazis sera finalement abandonnée quand sort le film de Spielberg en 1992, La Liste de Schindler. L’année suivante sera marquée par le succès de Jurassik Park du même Spielberg, lequel suggère à Kubrick de se remettre à travailler sur A.I. : Intelligence Artificielle, la qualité des effets spéciaux ayant considérablement évolué. Kubrick suggère de produire le film en confiant les rênes à Spielberg. Mais les deux hommes sont trop occupés dans l’immédiat, et en attendant que la technologie progresse, Kubrick décide de réaliser un film intimiste.

EYES WIDE SHUT (1999)

Kubrick se souvient d’une nouvelle d’Arthur Schnitzler lue dans les années soixante-dix, Traumnovelle et se décide à la réécrire et la porter à l’écran. Plus qu’un film sur les rapports amoureux, Eyes Wide Shut est une exploration chez un couple adulte des gouffres du psychisme, où se rencontrent l’Éros et le Thanatos. Liens de l’amour et de la mort, les tentatives de tromperies de Bill (Tom Cruise) tournent court. La mort plane après chaque ébauche d’adultère. Il est embrassé par Marion alors que le défunt père de la jeune femme repose dans la même pièce. Il apporte un cadeau à la prostituée et apprend qu’elle est atteinte du SIDA. Il se rend à la soirée libertine et costumée, et se retrouve menacé. Il va voir le cadavre de la jeune femme présentée nue à la morgue. Et la couleur rouge omniprésente prend une allure menaçante. Dans sa confession, Alice est entre deux rideaux rouges, rouges comme la porte de l’immeuble de Domino, la prostituée, comme les murs derrière les mannequins de la boutique de l’Arc-en-ciel, comme le costume du gourou et le sol du grand salon où Bill enlève son masque, ou encore rouge comme le tapis du billard chez Ziegler. Une des forces du film est de donner davantage d’intensité au rêve raconté par Alice qu’à la "réalité" vécue par Bill (réalité toute relative puisque comme l’indique le titre, "les yeux grands fermés", et des indices disséminés dans le film, il est plus probablement question de songes), scène dans laquelle Nicole Kidman se révèle hypersensible et intense, bergmanienne en somme. Le film a dérouté plus d’une attente, le côté irréel ayant rebuté beaucoup de gens. Je vois en Eyes Wide Shut son œuvre la plus mûre sur le plan psychologique. Alors qu’il m’avait déçu et peut-être même ennuyé de prime abord, c’est devenu mon film préféré du cinéaste. Kubrick est mort avant sa sortie mais après avoir fait un premier montage, qu’il a présenté aux acteurs et à la production. Le résultat les a enthousiasmés, et Kubrick déclare autour de lui qu’il le considère comme son meilleur film.


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Published by Romain Desbiens - dans STANLEY KUBRICK
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commentaires

chris 21/05/2012

bonjour Romain

j aurais aimé savoir si je pouvais me servir de tes textes sur Kubrick vu que je m amuse a creer un fanzine gratuit où un dossier lui est consacré.Plus précisément sur le total control de Kubrick
sur ses films.
La mise en page est déjà faite me restait plus que les texte qui sont à mon gout :) .
je t enverrais un exemple si t es daccord.
ton nom et ton blog seront cités bien entendu.

tu pourras effacé ce message stp
merci
chris

chris 21/05/2012

merci Romain pour la rapidité de ta réponse

voilà dans l'ensemble ce que ça peut donner

http://img15.hostingpics.net/pics/227003exemplestanley2.jpg

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Ce blog consacré au cinéma (et d'autres sujets comme David Bowie) n'a pas la prétention d'être le plus complet ni de suivre l'actualité du 7ème Art. J'y évoque surtout mes coups de cœur et, parfois mais rarement, mes coups de gueule. Je m'efforce également de donner au lecteur un maximum d'informations utiles, des anecdotes de tournage ou autres. Merci de me suivre et bonne visite!

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