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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 15:50

Certains metteurs en scène ne se privent pas pour dire ce qu’ils pensent haut et fort de leurs confrères et de leurs films, ou de partager leurs mésententes. Bien sûr, ça fait toujours un peu de peine de voir nos cinéastes préférés se tirer dessus à boulets rouges, mais cela peut aussi s'avérer surprenant. Je n'ai pas cité Orson Welles qui, souvent, n'y allait pas de main morte non plus (cf. livre d'entretiens avec Peter Bogdanovich) et il en manque certainement plein d'autres, mais le but n'est pas de faire une liste exhaustive. J'ai surtout gardé les commentaires les plus étonnants disons.

  

«On m'a envoyé le scénario de Men In Black. Au lieu de perdre mon temps à le lire, j'ai calé ma table avec.» 

Quentin Tarantino

  

ARGENTO vs. DE PALMA 

 

Dario ArgentoUne des bagarres les plus célèbres du cinéma contemporain oppose deux grands disciples d'Alfred Hitchcock: d'un côté un des maîtres du giallo, Dario Argento, et de l'autre un célèbre cinéaste américain, Brian De Palma. 

 

En interviews, le premier reproche au second de lui voler des plans tirés de ses films.

Le deuxième quant à lui fait mine de n'avoir jamais entendu parlé du premier, ou si peu:

   

Brian De Palma«J'ai vu Suspiria mais je ne m'en souviens que très vaguement», déclarera Brian De Palma dans un livre d'entretiens (par S. Blumenfeld et L. Vachaud). Dans un autre interview, il dira qu'il n'a vu d'Argento que L'Oiseau au plumage de cristal, ou plutôt «L'Oiseau... quelque chose, je ne me souviens plus exactement...»

De Palma avait, plus ou moins, emprunté au cinéaste italien une séquence de meurtre dans un ascenseur, tirée de L'Oiseau au plummage de cristal (1969), pour son film Pulsions (1981). Certes, Pyschose (1960) d'Hitchcock a été l'influence principale pour les deux films, mais les deux séquences se ressemblent beaucoup entre elles.

 

C'est en voyant L'Esprit de Caïn (1992), s'achevant sur un plan similaire à la fin de son film Ténèbres (1982), que Dario Argento a réagi.

 

tenebre.jpg

Ténèbres (1982)

 

Dans les deux films, on y voit un personnage au premier plan, en plan rapproché, se baissant, sortant du cadre, révélant ainsi un autre personnage à l'air menaçant qui se tient juste derrière lui.

 

cain-copie-1 L'Esprit de Caïn (1992)

 

Sur la production de Trauma (1993), Dario Argento travaille avec le compositeur Pino Donaggio, qui a écrit plusieurs musiques de films pour De Palma. Argento profite de cette occasion pour demander au musicien de téléphoner à son ami américain, afin de lui demander des explications.

Au fond, si Argento a l'avantage de l'antériorité, force est de reconnaître que l'effet de surprise est plutôt raté dans Ténèbres (on distingue à l'avance la silhouette du personnage qui se dessine derrière le premier). C'est certainement ce même constat qu'a dû se faire Brian De Palma, puisque ce dernier finira par dire au téléphone, à Donaggio:

 

«Oui, c'est vrai que je me suis inspiré de ce plan. Mais je l'ai amélioré!...»

 

Il ne s'est d'ailleurs pas contenté de l'améliorer une fois, mais trois: on retrouve ce même plan dans Mission To Mars (2000) et Femme Fatale (2002).

À son tour, Dario Argento ne se gênera pas pour reprendre plusieurs plans depalmiens dans ses productions des années 90/2000, notamment un plan de Body Double (1984) dans Do You Like Hitchcock? (2005)

Argento dira avec humour que c'était une façon de le "punir"...

 

BRIAN DE PALMA

Sur Terrence Malick :

«Hitchcock avait fait une soixantaine de films! C'est ce qui vous rend meilleur, tourner! [...] Ce qui me stupéfie encore, c'est de voir la critique applaudir à la façon de travailler de Terrence Malick ou Stanley Kubrick. [...] Hitchcock ou Ford tournaient énormément. C'est ce qui les a rendus bons. [...] Les Moissons du ciel (1978)[À propos de Terrence Malick:] Son premier film, La Balade sauvage, était extraordinaire. Mais le suivant, Les Moissons du ciel, était loin d'être aussi réussi. En tout cas pour moi. Vous pouvez me dire ce que vous voulez sur Les Moissons du ciel, le film ne tient pas la route pour moi. Et il ne tenait pas debout à sa sortie. Et je ne vous parle pas de La Ligne rouge, que j'ai trouvé très ennuyeux. Mais La Balade sauvage est un chef-d'œuvre. Savez-vous que le tournage de ce film s'est étalé sur plus d'un an? À un moment donné, ils ont tout recommencé depuis le début. Disposer d'autant de temps, c'est quelque chose de rare pour un metteur en scène. Donnez-moi un an pour tourner mon film -comme Stanley Kubrick pour Eyes Wide Shut- et vous verrez à quoi j'arriverai. Je ne sais d'ailleurs pas si j'aurais besoin d'une année entière... non, vraiment, je ne pense pas que ce soit un bien pour un réalisateur de disposer d'autant de temps. [...] Ce qui s'est passé avec Les Moissons du ciel, c'est que Malick a soudain dû travailler pour un studio, avec un plan de travail. Il ne pouvait plus tourner sept jours sur sept pendant un an. Il n'avait que six semaines. Et il n'a pas pu travailler comme ça. Ça se voit à l'écran.»

 

Et sur Vertigo (1958) d'Alfred Hitchcock :

«[...] Pour être franc, je trouve mon histoire meilleure» (De Palma a réalisé Obsession en 1976, dont la trame est très proche du film d'Hitchcock)

«Le scénario de Vertigo n'a aucune logique, il est plein de trous et vous pouvez faire passer des trains à travers. [...] Obsession, je trouve ça meilleur sur le plan de l'intrigue, vraiment! Il y a cette notion d'inceste, qui rend le dénouement encore plus terrible. C'est tellement plus fort que cette fin incohérente de Vertigo où la nonne vient sonner les cloches. C'est vraiment un effet gratuit genre: "Bouh! Fais-moi peur!"»

Entretien avec Samuel Blumenfeld et Laurent Vachaud, 2001.

 

«C’est un bricoleur, un ingénieur plutôt... Darty est infiniment supérieur à George Lucas.» 

Jean-Luc Godard

 

ROMAN POLANSKI

Sur la Nouvelle Vague française :

Roman Polanski

«On réalisait des films pour presque rien, et le plus souvent fort mal, sous la responsabilité de jeunes amateurs sans expérience. [...] Le snobisme intellectuel jouait aussi son rôle. Répugnant à passer pour des béotiens, les critiques encensaient des films "cérébraux" qui n'étaient pas seulement mal ficelés et lents, mais encore prétentieux et soporifiques. [...] Je ne fis jamais partie de cette "Nouvelle Vague" et ne désirais pas en être. Je me voulais trop professionnel - et j'étais trop perfectionniste. Si je jugeai charmant Les 400 coups de Truffaut et séduisant À bout de souffle de Godard, les autres films, en dehors des premières œuvres de Claude Chabrol, m'effaraient par leur amateurisme et leur pauvreté technique. Assister à leur projection était pour moi une torture insupportable.»

Roman Polanski, dans Roman (1984).

 

Sur La Corde d'Alfred Hitchcock :

La Corde (1948)«La Corde, à mon avis, c’est un échec total, un film absolument insupportable. Puant. Et on s’emmerde. Et c’est emmerdant parce que c’est en un seul plan, et parce qu’ainsi, au lieu de couper, il fallait bien laisser la caméra tourner autour de quelque chose. Il fallait donc toujours trouver quelque chose pour donner à bouffer à la caméra au lieu de ne faire tourner la caméra que lorsqu’on avait quelque chose de précis à lui donner à bouffer. Le résultat est qu’il y a dans ce film plein de trucs qui vous paument complètement: on ne sait pas où on est, ni où on en est. Et on ne comprend rien de cet appartement où tout se situe. Pour une bonne raison: chaque bobine commence et se termine sur un mur ou une cloison, ou quelque chose de ce genre qui ferme l’espace. Or, quand vous commencez un plan sur un mur, automatiquement vous vous dites qu’il y a quelque chose derrière que vous ne pouvez pas voir. Là, malheureusement, vous apprenez qu’il s’agissait simplement d’un mur, ou d’un dos, ou d’une caisse – cette espèce de coffre qu’ils sont en train de trimballer… Et après, ça recommence: un mur et encore un autre mur… Non, ce n’est pas possible!… C’est là, en voyant La Corde que j’ai commencé à me demander si Hitchcock était vraiment un grand metteur en scène.» 

Entretien avec Michel Delahaye et Jean Narboni, 1969.

 

«De toute façon, Hitchcock n'a réalisé qu’un seul bon film: L’Inconnu du Nord Express...»

Ken Russell

 

QUENTIN TARANTINO

  Au sujet de Miami Vice de Michael Mann :

«Le film que j’ai le plus détesté cette année était -et de loin- Miami Vice. C’est vraiment de la merde. Michael Mann a été pendant longtemps un des véritables grands auteurs d’Hollywood, mais j’avais aussi trouvé que Collateral était une merde racoleuse. Il se remettait d’Ali, alors il cherchait visiblement à faire un film avec la plus grande vedette au monde. Alors il a pris le premier script qui est arrivé, et c’était comme une mauvaise imitation d’un scénario de Michael Mann. Et il fait ça juste pour avoir un succès avec Tom Cruise! Alors je me suis dit, "D’accord, il va se refaire avec Miami Vice". Mais Collateral, c’est The Insider comparé à Miami Vice! Miami Vice est un des films les plus cons, les plus inintéressants et les plus moches que j’ai JAMAIS vu!»

Entretien avec David Michael, 2007.

 

FRANÇOIS TRUFFAUT
À propos de Michelangelo Antonioni :
 

François TruffautQuestion : Pourquoi détestez-vous autant Antonioni ?

«D’abord pour son manque d’humour. Il est si affreusement solennel, si pompeux. Je n’aime pas l’image qu’il projette de lui-même : "Le psychologue de l’âme féminine". Quand De Gaulle a voulu regagner la confiance des Français d’Algérie, il a dit : "Françaises, Français, je vous ai compris." ; Antonioni a fait pareil : "Femmes du Monde entier, je vous ai comprises…" En fait, mon hostilité envers Antonioni m’a aidé à faire L’Enfant Sauvage. L’un des grands thèmes aujourd’hui est la difficulté de communication entre les humains. C’est très gentil tout ça, et ça donne de bonnes discussions parmi les intellectuels. Mais si vous entrez en contact avec une famille qui a un enfant sourd et muet, vous comprenez alors ce que signifie l’incommunicabilité. Je voulais montrer un vrai manque de communication, pas celui très "mode" dont parle Antonioni.»

François Truffaut, entretien avec Charles Thomas Samuels, 1970.

 

JEAN-LUC GODARD
  Parle du cinéma dans Bains de minuit (1987)
 
Jean-Luc Godard

Ardisson : Vous n’aimez pas du tout Steven Spielberg. Pourquoi ?

«Parce qu’il pense qu’il est un meilleur metteur en scène qu’il n’est.»

 

Ardisson : Et George Lucas c’est pareil ?

«Oh, Lucas, c’est encore pire. Ceci dit, c’est un bricoleur, un ingénieur plutôt.

 

Ardisson : Vous dites que tout ce qu'il met dans ses films vient de chez Darty.

« Darty est infiniment supérieur à George Lucas.»

 

Ardisson : Vous avez dit que Cimino met le pognon dans les limousines.

«Mais sur tous les grands films américains ils mettent l’argent dans les limousines qui amènent les acteurs. Vous allez sur le tournage d’un grand film américain, vous voyez quarante chauffeurs qui du reste arrêtent à telle ou telle heure... ils sont syndiqués à la Mafia...»

 

Ardisson : Vous dites que Claude Berri c’est moins bien que Duvivier.

«Oui, mais c’est un meilleur producteur que Duvivier.»

 

Ardisson : mais c'est un moins bon réalisateur?

«Oui, mais certains des gens que j’admire se fâchent. Je me suis fâché avec Truffaut quand je lui ai dit: "Écoute, je trouve que tes films sont beaucoup moins bien faits que les miens". Par contre, je suis beaucoup moins bon scénariste, et à Claude, je lui ai dit que j’étais infiniment moins bon producteur, mais ils se fâchent…»

 

Ardisson : Et Carax ?

«Je lui souhaite du courage, surtout.»

Entretien avec Thierry Ardisson, 1987.

 

GODARD vs. TRUFFAUT

 

Dans l'interview d'Ardisson citée juste avant, Godard évoque assez vaguement sa querelle avec son ancien grand copain des Cahiers du cinéma. Leur correspondance existe néanmoins, et nous pouvons savoir comment tout s'est produit. C'était à l'époque de La Nuit américaine (1973), grand succès de François Truffaut couronné d'un Oscar à Hollywood. Jean-Luc Godard, qui s'était peu à peu éloigné de son ami pour faire des films plus politiques, lui écrivait ceci:

 

Godard vs Truffaut«Probablement personne ne te traitera de menteur, aussi je le fais. Ce n’est pas plus une injure que fasciste, c’est une critique, et c’est l’absence de critique où nous laissent de tels films, le tien et ceux de Chabrol, Ferreri, Verneuil, Delannoy, Renoir, etc. dont je me plains. Tu dis : les films sont de grands trains dans la nuit, mais qui prend le train, dans quelle classe, et qui le conduit avec le “mouchard” de la direction à ses côtés ? Ceux-là aussi font les films-trains. Et si tu ne parles pas du Trans-Europ, alors c’est peut-être celui de banlieue, ou alors celui de Dachau-Munich, dont bien sûr on ne verra pas la gare dans le film-train de Lelouch. Menteur, car le plan de toi et de Jacqueline Bisset l’autre soir chez Francis n’est pas dans ton film, et on se demande pourquoi le metteur en scène est le seul à ne pas baiser dans LA NUIT AMÉRICAINE. J’en viens à un point plus matériel. J’ai besoin, pour tourner “un simple film”, de cinq ou dix millions de francs. Vu LA NUIT AMÉRICAINE, tu devrais m’aider, que les spectateurs ne croient pas qu’on ne fait des films que comme toi. Si tu veux en parler, d’accord

 

Réponse de François Truffaut à Godard: 

«Je te retourne ta lettre à Jean-Pierre. Je l’ai lue et je la trouve dégueulasse. C’est à cause d’elle que je sens le moment de te dire, longuement, que selon moi tu te conduis comme une merde. Je me contrefous de ce que tu penses de LA NUIT AMÉRICAINE, ce que je trouve lamentable de ta part, c’est d’aller, encore aujourd’hui, voir des films comme celui-là, des films dont tu connais d’avance le contenu qui ne correspond ni à ton idée du cinéma ni à ton idée de la vie. À mon tour de te traiter de menteur. Au début de “Tout va bien”, il y a cette phrase : “Pour faire un film, il faut des vedettes.” Mensonge. Tout le monde connaît ton insistance pour obtenir Jane Fonda qui se dérobait, alors que tes financiers te disaient de prendre n’importe qui. Ton couple de vedettes, tu l’as réuni à la Clouzot : puisqu’ils ont la chance de travailler avec moi, le dixième de leur salaire suffira, etc. Karmitz, Bernard Paul ont besoin de vedettes, pas toi, donc mensonge. Tu l’as toujours eu, cet art de te faire passer pour une victime, comme Cayatte, comme Boisset, comme Michel Drach, victime de Pompidou, de Marcellin, de la censure, des distributeurs à ciseaux, alors que tu te débrouilles toujours très bien pour faire ce que tu veux, quand tu veux, comme tu veux et surtout, préserver l’image pure et dure que tu veux entretenir, fût-ce au détriment des gens sans défense... Je n’ai plus rien éprouvé pour toi que du mépris, quand j’ai vu dans VENT D’EST la séquence “comment fabriquer un cocktail Molotov”, et qu’un an plus tard tu t’es dégonflé quand on nous a demandé de distribuer LA CAUSE DU PEUPLE DANS LA RUE AUTOUR DE SARTRE. L’idée que les hommes sont égaux est théorique chez toi, elle n’est pas ressentie. Il te faut jouer un rôle et que ce rôle soit prestigieux. J’ai toujours eu l’impression que les vrais militants sont comme des femmes de ménage, travail ingrat, quotidien, nécessaire. Toi, c’est le côté Ursula Andress, quatre minutes d’apparition, le temps de laisser se déclencher les flashes, deux, trois phrases bien surprenantes et disparition, retour au mystère avantageux. Comportement de merde, de merde sur son socle... Pendant une certaine période, après Mai 68, on n’entendait plus parler de toi ou alors mystérieusement : il paraît qu’il travaille en usine, il a formé un groupe, etc., et puis un samedi, on annonce que tu vas parler à RTL. Je reste au bureau pour écouter, pour avoir de tes nouvelles en quelque sorte ; ta voix tremble, tu parais très ému, tu annonces que tu vas tourner un film intitulé LA MORT DE MON FRÈRE, consacré à un travailleur noir malade qu’on a laissé mourir au sous-sol d’une fabrique de téléviseurs et, en t’écoutant, malgré le tremblement de ta voix, je sens :

- 1) que l’histoire n’est pas exacte, en tout cas trafiquée ;

- 2) que tu ne tourneras jamais ce film. Je me dis : si le type avait une famille et que cette famille allait vivre désormais dans l’espoir que ce film soit fait ? Il n’y avait pas de rôle pour Montand là-dedans ni pour Jane Fonda, mais pendant un quart d’heure, tu as donné l’impression de te “conduire bien”, comme Messmer quand il annonce le droit de vote à 19 ans. Fumiste. Dandy. Tu as toujours été un dandy, quand tu envoyais un télégramme à de Gaulle pour sa prostate, […] quand tu traitais Chauvet de corrompu parce qu’il était le dernier, le seul à te résister, dandy quand tu pratiques l’amalgame : Renoir-Verneuil, blanc bonnet et bonnet blanc, dandy encore quand tu prétends que tu vas montrer la vérité sur le cinéma, ceux qui le font obscurément, mal payés, etc. [...] Si tu veux en parler, d’accord.» 

 

«Je DÉTESTE ce mec. Autre question?» 

David Cronenberg, à propos de M. Night Shyamalan

 

Ingmar Bergman

INGMAR BERGMAN

Sur Jean-Luc Godard :

 

« Je n'ai jamais rien trouvé d'intéressant dans ses films. Je les trouve faussement intellectuels, imbus d'eux même. D'un point de vue cinématographique, c'est sans intérêt et franchement barbant. Godard, c'est chiant. Il fait ses films pour la critique. Il en a fait un ici, en Suède, Masculin-Féminin. C'était si ennuyeux que mes cheveux s'en sont dressés sur ma tête.»

Ingmar Bergman, entretien avec Jan Aghed (När Bergman går på bio, 2002).

Ironiquement, Jean-Luc Godard a toujours été admiratif du réalisateur suédois.

 

À l'époque où il était encore critique aux Cahiers du cinéma, Godard a rédigé la meilleure critique (et la plus belle déclaration d'amour qui soit) au magnifique Monika (1953)...

Monika (1953)
  KEN RUSSELL

Sur Frenzy (1972) et Hitchcock :

«C'est terriblement mal joué. Cette scène (celle de l’étranglement dans l’agence matrimoniale) pourrait appartenir à un film de la série des Carry On. Je ne comprends pas pourquoi Barry Foster, excellent acteur par ailleurs, joue si mal ici. En réalité, j'ai vu ce film mais je ne me souviens pas du tout de cette scène: je pense qu'elle a été coupée en Angleterre, elle est tellement mauvaise... l’actrice est vraiment atroce au-delà de tout ce que l'on peut imaginer, comme dans une parodie, finalement. De toute façon, Hitchcock n'a réalisé qu’un seul bon film: L’inconnu du Nord Express, remarquablement joué, extrêmement bien structuré, avec ce script si précis... je peux le regarder en boucle.»

Repérages, Numéro 19

  

«Si je pouvais tuer Spielberg, je tuerais Spielberg.»

  Alejandro Jodorowsky

 

JACQUES DEMY
À propos de 2001, l’Odyssée de l’Espace :

Question : Est-ce la richesse du film qui leur a fait tellement aimer 2001 ?

«Oh, ça y est pour beaucoup, oui ! On y voit des tas d’effets, de décors, de trucs, que seul un dollar peut payer. Mais de toute façon, tout dans ce film m’a semblé ridicule. La façon, par exemple, dont on enchaîne sur le vaisseau spatial à partir des singes est un des effets les plus pompeux et les plus grotesques que j’aie jamais vus. Mais c’est le sentiment général qu’on a en voyant ce film : la prétention et la bêtise en même temps...»

Jacques Demy, entretien avec Michel Delahaye (Cahiers du Cinéma, 1968).

 

Le même Jacques Demy était sorti de la salle d'Orange mécanique "scandalisé à en pleurer" selon Jacques Rivette.

 

JACQUES RIVETTE

Sur Cameron, Spielberg, Winslet, Woo, Haneke et Kubrick :

[À propos de Titanic (1998) de James Cameron]

«Ce film est nul. Cameron n’est pas un méchant, ce n’est pas une ordure comme Spielberg. Cameron voudrait être le nouveau De Mille. Malheureusement, lui non plus n’est pas metteur en scène pour un sou. En plus, l’actrice [Kate Winslet] est épouvantable, irregardable, c’est la fille la plus débandante qu’on ait vue sur un écran depuis longtemps. D’où le succès auprès des petites filles, surtout les Américaines boutonneuses et un peu trop grosses qui y vont en pèlerinage ; elles peuvent s’identifier et espérer tomber dans les bras du beau Leonardo.»

 

[À propos de Volte/Face (Face Off, 1997) de John Woo]

«Je hais. J’avais déjà trouvé Le Syndicat du crime épouvantable. C’est bête, moche et déplaisant. Broken Arrow, je l’avais vu sans déplaisir, mais c’était un pur film de studio, il s’était contenté de remplir son contrat. Alors que je trouve Volte/Face dégoûtant, ça me répugne physiquement, je trouve ça pornographique.»

Titanic (1998)

 

[À propos de Funny Games (1997) de Michael Haneke, et sur Stanley Kubrick]

«Quelle honte ! Et quelle ordure ! J’avais bien aimé son premier film, Le Septième continent, de moins en moins les suivants. Celui-ci est abject, pas de la même manière que John Woo mais ces deux-là, je les marie. Et je n’irai pas voir leurs enfants ! C’est pire que Kubrick avec Orange mécanique, un film que je hais également non pour des raisons de cinéma mais pour des raisons de morale.»

«Kubrick est une machine, un mutant ou un Martien. Il n’a aucun sentiment humain. Ça devient formidable quand cette machine filme d’autres machines, comme dans 2001

Jacques Rivette aux Inrockuptibles (1998)

 

ALEJANDRO JODOROWSKY

Sur Steven Spielberg :

«Spielberg n'est pas honnête. Je déteste Spielberg, parce qu'aucun de ses films n'est honnête. [...] Il hait les juifs, parce que c'est un juif. Il fait du business avec l'Europe. Il est fasciste parce que l'Amérique est le centre de son monde. Si je pouvais tuer Spielberg, je tuerais Spielberg.»

Alejandro Jodorowsky dans Bright Lights Film Journal (août 2008).

 

EMIR KUSTURICA
Vs. Henri-Levy et Finkielkraut :

 

Emir KusturicaAu lendemain de sa Palme d'Or pour Underground (1995), Kusturica a été vivement attaqué  par Alain Finkielkraut dans Le Monde, puis par Bernard Henri-Lévy dans Le Point.

Malgré l'ampleur de leurs accusations (fascisme, propagandisme) à l'encontre du cinéaste et de son film, il faut savoir que les deux ni BHL ni Finkielkraut n'ont été voir Underground au moment où ils l'attaquaient! 

Ces accusations idiotes, ainsi qu'un reportage publié dans Le Monde sur le sentiment de "trahison" ressenti dans Sarajevo à l'égard du cinéaste, contrarient Kusturica au point qu'il décide amèrement de ne plus faire de cinéma...

 

En 1996, Bernard Henri-Levy signe son premier long-métrage, aussi navrant qu'on pouvait l'espérer, intitulé Le Jour et la nuit, tandis que Kusturica revient au cinéma avec Chat noir, chat blanc en 1998...

 

Après Underground, vous avez annoncé que vous quittiez le cinéma. Pourquoi avez-vous changé d’avis?

«J’ai changé d’avis en voyant les dommages que Bernard Henri-Lévy pouvait causer au cinéma. Je me suis dit: Tu dois y retourner, tu ne peux pas le laisser faire ça!»

Entretien pour France 2, à Cannes 1998.

 

MAURICE PIALAT
Habitué à dire beaucoup de mal du cinéma,
évoquait ici Jean-Pierre Melville :

Maurice Pialat«Je ne pense déjà pas beaucoup de bien du cinéma français en général, mais quand on en arrive au genre policier, j’ai vraiment l’impression que c’est le néant ou presque. […] Quant à Melville, n’en parlons pas, je trouve ça grotesque. Il fait des films avec des types chapeautés pour imiter le cinéma américain d’avant-guerre, alors qu’ici ça n’a jamais été comme ça. D’ailleurs, dans les films américains d’aujourd’hui, qui sont souvent très discutables, les gens sont habillés comme tout le monde. Après on tombe sur cette espèce de quincaillerie de bazar, c’est-à-dire Melville. […] C’est de la connerie pure et simple, ce genre de cinéma. De la monumentale connerie, de la bêtise à l’état pur» etc. etc. etc.

Maurice Pialat, entretien avec François Guérif et Stéphane Levy-Klein (1972).

 

BERTRAND TAVERNIER

Au sujet du Nouvel Hollywood (entre autres) :

«Pour De Palma, nous [avec Jean-Pierre Coursodon, co-auteur du Dictionnaire américain] avons écrit un très long texte, louant certains films ; mais je serais finalement encore plus sévère aujourd’hui : je trouve ses derniers films absolument nuls. C'est vrai que l'on est sévère avec John Carpenter. Ce qu’il fait me semble tellement facile, ces lents travellings à la steadycam dans des rues désertes, sa réappropriation du sérial et de la série B (le fade Jack Burton dans les griffes du Mandarin)... Saving Private RyanC’était marrant quand c’était Roger Corman qui offrait une contre-culture, mais maintenant ces films, ces genres sont devenus officiels, institutionnels. Et l'intérêt s'émousse. Ce qui était un contre-pouvoir est devenu une norme aussi écrasante que les films indigestes d’un Mervyn LeRoy. [...] Si aujourd’hui on nous reproche d’être durs avec ces réalisateurs, c’est que leurs derniers films sont généralement assez pauvres. Les derniers films de Coppola sont tout de même franchement décevants, que ce soit Jack ou The Rainmaker. Steven Spielberg, pareil: certains films m’épatent, comme A.I. et puis j’ai le malheur d’enchaîner sur Amistad, et catastrophe: c’est plat, raté et chose rare pour un film de procès, ennuyeux. On a écrit beaucoup de bien des Dents de la Mer, de Duel, voire de La Liste de Schindler. Mais je trouve Il faut sauver le Soldat Ryan très discutable. Évidemment, la scène d’ouverture est très impressionnante -même s’il y a une idée de mise en scène impardonnable: les 2 ou 3 contre-champs sur les mitrailleuses allemandes...»

 

Sur Batman Begins, Kill Bill, et autres :

« Quand je vois Batman Begins, je me dis qu’il y a trente réalisateurs américains interchangeables qui pourraient faire ça: où est la place de Christopher Nolan, cinéaste pourtant intéressant, dans ce dispositif de mise en scène et cette masse d’effets spéciaux? Bertrand TavernierLe problème est le suivant: Walsh et Hawks étaient nourris des classiques de la littérature antique, la nouvelle génération, elle, est gavée de sous-produits, de comics, ou de films Z de la Shaw Brothers. Je ne peux pas dire que je sois foncièrement contre, puisque cette culture peut donner de grands films comme ceux de Quentin Tarantino (encore que Kill Bill me semble vide et marque les limites de ces sources d'inspiration), mais aussi beaucoup d'œuvres décervelées. On a l'impression que les auteurs n'ont jamais ouvert un livre. L’Amérique a toujours recyclé sa culture et ses films : exemple entre mille, Witness qui n’est rien d’autre que le décalque parfait de L’Ange et le mauvais garçon… Le problème, c’est que la personne qui fabrique le goût d’aujourd’hui, ce n’est plus Fred Zinnemann ou William Wyler mais George Lucas. Or Star Wars, c’est une resuccée d'Hopalong Cassidy, scénaristiquement très pauvre par rapport à des écrivains de SF comme Theodore Sturgeon, Ray Bradbury, Alfred Van Vogt, Arthur C. Clarke, voire même des auteurs d’héroïc-fantasy comme Jack Vance, chez qui Il y a une luxuriance de détails et d’inventions que vous n’aurez jamais dans la saga de Lucas... Cela dit, je n’ai pas le temps de tout voir, et je dois sûrement passer à côté de plein de films que je redécouvrirai après en DVD. Et puis il suffit d’exprimer son désamour pour être contredit la semaine suivante par cinq films américains formidables, donc je garde quand même la foi. »

Bertrand Tavernier, entretien avec Ronny Chester & Xavier Jamet (DVDClassik, 2005)

 

JEAN-PIERRE MOCKY

Pas un grand cinéaste, certes, mais un grand mythomane irremplaçable.

La preuve :

Question: Dans le supplément de Litan, on peut voir la bande-annonce où vous faîtes un bras d’honneur en citant John Boorman et Brian de Palma. Qu’est ce qui s’est passé à Avoriaz, cette année-là ?

Jean-Pierre Mocky«Dans le jury du festival d’Avoriaz, il y avait quatre personnes. Il y avait John Boorman, Brian de Palma, Georges Lautner et je crois Edouard Molinaro. Le film se déroule. Et pendant que le film est diffusé, parce que le jury est avec les spectateurs, figurez-vous, mon cher, qu’ils ricanaient comme des baleines. Alors, à la fin de la projection, Lautner se lève et fout une paire de baffes à l’autre là, je crois que c’était De Palma parce que je n’étais pas là. [...] Lautner était en colère et se demandait comment on peut rire aussi bêtement du film d’un confrère. Ce n’était pas déontologique. [...] Mais je dois dire que Brian de Palma est un personnage odieux. Je l’ai noté. Vous savez, comme je ne suis pas quelqu’un de prétentieux, je ne supporte pas Tavernier, je ne supporte pas Boorman, je ne supporte pas David Lynch et je ne supporte pas celui que je supporte le moins, c’est Théo Angelopoulos. Alors celui-là, n’en parlons pas ! Ce sont des gens qui se croient tout permis...»

Jean-Pierre Mocky, entretien pour excessif.com alors DVDRama (2005)

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Published by Romain Desbiens - dans DIVERS
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commentaires

Tororo 07/06/2012

Et dire que c'est Godard qui passe pour un "méchant"! XD Mais c'est le plus gentil de tous.

best cloud storage 12/09/2014

The liberty to express is on the air of the world. And this causes problems in different fields most of the times. This is the case with the directors and those loud criticizers .one among those is the argento vs. palm story.

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Ce blog consacré au cinéma (et d'autres sujets comme David Bowie) n'a pas la prétention d'être le plus complet ni de suivre l'actualité du 7ème Art. J'y évoque surtout mes coups de cœur et, parfois mais rarement, mes coups de gueule. Je m'efforce également de donner au lecteur un maximum d'informations utiles, des anecdotes de tournage ou autres. Merci de me suivre et bonne visite!